« 50 ans de progrès en 5 ans »

Brasilia au centre des grandes villes

Juscelino Kubitschek, président du Brésil de 1956 à 1961, a mis en oeuvre le projet de construction d’une nouvelle capitale pour son pays. Cette ville devait se situer à l’intérieur du pays, centralisée géographiquement, afin de répartir les pouvoirs (politique, économique) jusque là concentrés sur la côte dans le sud, principalement entre Rio de Janeiro et São Paulo.

« 50 ans de progrès en 5 ans » était le slogan de campagne de JK (surnom du président, dit « Jota Ka » en brésilien) et il a voulu l’appliquer à la construction de la ville de Brasilia. Après mise en concours national, le projet a été attribué à l’architecte urbaniste Lucio Costa pour ce qui est du plan de la ville et à l’architecte designer Oscar Niemeyer pour la conception des principaux bâtiments.

La construction d’une ville

Architecte et urbaniste

Des milliers d’ouvriers attirés par la promesse de travail ont tout quitté pour se rendre à pied, à cheval, en charrette dans cette région plutôt aride : env. 12’500 personnes en 1957 et plus de 55’000 personnes en tout jusqu’en 1960. Des villes satellites ont été construites, dont celle de Núcleo Bandeirante à 10km, ou celle de Vila Amaury aujourd’hui submergée par le lac Paranoá, pour loger ces ouvriers et leurs familles. Avec la technologie des années 50, sans ordinateur, tous les plans sont sur papier, sans téléphone portable, avec les outils mécaniques de l’époque, et beaucoup d’huile de coude, ils ont construit la première phase de la ville en 1000 jours, moins de 4 ans, au prix d’horaires et de conditions de travail déplorables (ils sont battus, punis…). Les ouvriers travaillaient sous une chaleur de plomb, jusqu’à près de 18h par jour vers la fin des travaux en 1960, sous les ordres intransigeants et parfois meurtriers de l’entreprise semi-étatique crée en 1956 pour mener le projet et les travaux : Novacap (Companhia Urbanizadora da Nova Capital). On compte environ 3 accidents mortels par jour, souvent dus à l’alcoolisme des ouvriers. Dans les blocs de béton, plusieurs corps qui n’ont pas pu être récupérés…

La nouvelle capitale

Palacio do Planalto

Les fonctionnaires, les ministères, les diplomates, les députés et sénateurs ont quitté l’ancienne capitale Rio de Janeiro pour Brasilia qui a été inaugurée nouvelle capitale le 21 avril 1960. Les logements ainsi que les bâtiments administratifs étaient terminés. Selon le concept de Costa, la ville prend une forme d’avion; dans les ailes se trouvent les habitations et tout ce qui se rapporte aux activités des familles (écoles, sport, église, soins, commerces…). Dans le fuselage de l’avion, on trouve les 2 immenses routes à 6 voies autour ou au milieu desquels sont les parcs et monuments (catédrale, musées, panthéon…). A l’avant de l’avion sont disposés les bâtiments de chaque Ministère (esplanade des Ministères), et dans le cockpit on a les 3 pouvoirs: législatif, exécutif et judiciaire (congrès, palais présidentiel, cour suprême).

Architecture unique

Héritiers de Le Corbusier, Costa et Niemeyer ont donné naissance à une ville futuriste, faite de béton aux formes souvent courbes dans une conception hyper fonctionnelle, pratique et symétrique. Visuellement, on se croirait dans un James Bond. Cette architecture unique donne à la fois un charme et une froideur. 60 ans plus tard, certains bâtiments sont un peu démodés, certains ont été rénovés (peinture, renforcement ou même modernisation des façades). La ville est entièrement protégée et aucune nouvelle construction n’est autorisée. L’ensemble reste cohérent et attractif.

Catédrale de Brasilia

Le plan pilote était prévu pour 500’000 habitants. Aujourd’hui, il y a environ 2,5 million d’habitants dans le district fédéral. Seuls 500’000 vivent dans Brasilia même, les autres occupent les villes satellites qui croissent dans le district fédéral. Les axes routiers de Brasilia sont immenses et supportent le trafic d’aujourd’hui avec très peu de bouchons.

Les blocs d’habitations dans les ailes sud et nord sont organisés en « quadras », sorte de quartiers autonomes comportant chacun commerces, écoles, places, terrains de sport … Ils n’ont pas de nom mais des numéros selon une nomenclature définie. Les parcs sont situés autour de la ville de même que les club de loisir, de sport, etc. Le lac Paranoá qui borde l’avant des ailes et du cockpit, a été créé en même temps que la ville pour apporter un peu de fraicheur.

Impression

Pont Jocelino Kubitschek

Selon notre sondage auprès des personnes que nous avons rencontrées lors de notre court séjour à Brasilia, elles sont heureuses de vivre dans cette ville. Dans Brasilia même, la criminalité est très faible et les emplois sont plus nombreux que dans le reste du pays.

On peut aimer ou pas le style de la ville, mais il me semble difficile de ne pas être fasciné par la prouesse technique et logistique de ce projet unique qu’est la construction d’une ville sur un champs quasi désertique en moins de 4 ans : création d’un immense lac, installation de lignes ferroviaires, d’axes routiers, de système d’égouts et de drainage, de système électrique et autres énergies,  parcs, immeubles, monuments… Mes filles et moi avons été charmées.

Brasilia a été déclarée patrimoine mondial de l’humanité en 1987 par l’Unesco.

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